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Haïti/Alternance politique : La 22eme transition aurait-elle lieu avant 2022 ou s’acheminerait-elle vers un mandat de 5 ans?

Haiti’s provisional President Jocelerme Privert greets a friend during his installation ceremony, in Port-au-Prince, Haiti, Sunday, Feb. 14, 2016. (AP Photo/Dieu Nalio Chery)

En 80 années de gouvernance soit de 1940 à 2020, Haïti a connu 21 gouvernements de transitions. Le doute pour que le pays de Jean Jacques Dessalines se dirige vers sa 22eme transition persiste. Le professeur Claude Péan décrit un tableau sombre et retrace les évènements qui s’étaient déroulés durant près d’un siècle.

Port au Prince, https://www.lemiroirinfo.ca, Samedi 02 Mai 2020

Après avoir posé les jalons et s’être conforté dans le moule de l’occupant, le Président Sténio VINCENT fut remplacé par son ambassadeur au pays étoilé, Eli LESCOT, dans la logique de la pérennisation du système politique. Ce dernier maillon des anciens libres sera balayé par la brise de janvier 1946.

Une première transition s’est installée avec la junte café au lait. (Franck Lavaud, Antoine levelt, Paul Magloire). Les authentiques, maintenant formés et majoritaires revendiquent le pouvoir au nom des anciens esclaves; un Blue Mountain ou Arabica de la paysannerie verrettienne, Dumarsais ESTIMÉ, remporta la palme au dernier round sanctionné par le parlement.

La comédie burlesque des pairs conscrits pour doter l’exécutif d’un chef est remplacée par le  suffrage universel. L’alternance politique est régulée par les élections directes. Les femmes et le peuple sont les grands gagnants de cette avancée révolutionnaire de 1950.

La victoire de la « classe » fut de courte durée. Les héritiers de Pétion ont changé de stratégie. Par la deuxième transition de même composition que la première, ils se sont donné un mandat de six ans sous la houlette de l’étalon Paul E. MAGLOIRE comme doublure (déc 1950 – déc 1956).

Le coup de théâtre raté d’Eugene Magloire pour succéder à Paul Magloire a ouvert la voie à cinq transitions en neuf mois (décembre 56- septembre 57)

1-Nemours Pierre-louis de la cour de cassation du pays

2-Franck Sylvain de la cour d’appel de Port-au-Prince a bénéficié de la Présidence provisoire à la faveur de l’article constitutionnel épuisé.(Quelle argutie!)

3-Collège de Gouvernement

4-Daniel Eustache. Fignolé

5-Conseil Exécutif de Gouvernement dirigé par Antoonio Th. Kébreau, Valville et Zamor)

François DUVALIER, se déclarant le digne héritier d’Estimé, revendiqua la présidence et remporta les élections le 22 septembre 57. Il livra une guerre sans merci contre tous ceux (même ses partisans) qui voyaient son dessein de garder le pouvoir ou ceux qui s’y opposaient (communistes, Kamoken, etc).

La peur, le mutisme, l’échec des invasions, l’exil forcé ou volontaire, le conformisme, la création du corps des Volontaires de la Sécurité Nationale (VSN), la vassalisation des institutions publiques et la mise sous coupe réglée du secteur privé renforçaient la dictature et consolidaient la position de François Duvalier qui réussit à passer le pouvoir à son fils Jean Claude.

Pendant 29 ans les Duvalier ont dirigé d’une main d’acier ce pays jusqu’aux émeutes populaires qui ont contraint Baby Doc à abdiquer le 7 février 86. Avant de laisser le pays, ce dernier usa de son droit constitutionnel de désigner son successeur et de le nommer.

Ainsi la huitième transition est assurée par Williams Régala, Gérard Gourgue, Alix Cinéas sous la présidence du Général Henri Namphy.

La démission de Cinéas puis de Gourgue  remplacé par Jacques A. François dont le décès a ouvert les portes du palais présidentiel au juge Luc D. Hector, modifia le quartet en triumvirat et amena la dixième transition.

Le Conseil National de Gouvernement dota le pays d’une nouvelle constitution, organisa les élections qui se sont soldées par un bain de sang. La ruelle Vaillant est la référence des massacres du dimanche 29 novembre 87.

Moins de deux mois après, Lesly F. R. MANIGAT fit sa percée louverturienne et devint, le 7 février 88, le premier président élu sous l’égide de la constitution de 87. Il n’a pas tenu compte de la sagesse populaire qui veut qu’en festoyant à la table du diable on doit bien mesurer le manche de sa cuillère.

Le professeur politologue a piètrement échoué dans sa compétence et est déposé le 19 juin 88 par la soldatesque. Feu follet ou feu de paille, le court mandat de cinq mois du politologue-historien Manigat constitue la onzième transition.

Les masques sont tombés, plus question de civils pour travestir le pouvoir. Cette fois les militaires assument seuls. La douzième transition est exclusivement kaki.

Les Forces Armées d’Haiti qui succédèrent à l’armée indigène et la garde d’haiti, reçurent des directives précises. À part d’être les chiens de garde de la doctrine de Monroe, elles constituent ĺe régulateur face aux turpitudes des politiciens civils et le rempart contre la montée du communisme naissant.

Une révolution de caserne menée par Patrick  Beauchard fut récupérée par Prospere AVRIL qui, flanqué du sergent-joker Heubreux, conduisit la treizième transition (17 septembre 88-10 mars 90)

La quatorzième transition fut la plus courte, elle dura trois jours. Le Général Hérard Abraham remit la présidence à la première femme à occuper ce poste, la juge de la cour de cassation, madame  Ertha Pascale TROUILLOT.

L’armée n’est pas seulement retournée à ses casernes mais elle consentit de se mettre aux ordres de la cheffe de l’exécutif. La quinzième transition se termina avec le raz de marée lavalassien qui déposa sur les rives du palais national le prêtre qui troqua son étole contre l’écharpe présidentielle.

L’unanimité du FNC sur le choix  du juriste-professeur et défenseur des droits humains,  maître Gérard Gourgue fut la même pour celui de Victor Benoit par le FNCD.

L’arrivée en force du trublion, docteur Roger Lafontant, obligea le FNCD à changer de poulain. La victoire est assurée avec le prêtre Jean Bertrand Aristide candidat, cependant une frange lavalassienne importante a des doutes fondés sur la collaboration possible du prêtre élu dans la cogestion du pouvoir.

En effet, sitôt l’euphorie de l’in  vestiture passée, les hostilités sont ouvertes. Aristide a fait choix de René Préval comme Premier Ministre tandis que le FNCD avait déjà offert ce poste à Victor Benoit pour s’être désisté au profit du prêtre salésien.

La scission est inévitable; le FNCD majoritaire au parlement convoqua le P M Préval pour un vote de censure, ce qui obligerait Aristide à lui remettre la Primature. Loin d’obtempérer, Aristide envoya des fleurs (marguerites) aux parlementaires et accompagné de ses chimères se présenta au parlement.

Le député Josué Lafrance est devenu l’icône de cette séance d’interpellation mémorable. Alea jacta est, aux grands maux les grands remèdes. Le 30 septembre 91, une coalition orchestrée par l’aile évincée vint à bout du prêtre entêté. Elle fut aidée dans son coup par l’armée humiliée, par les miliciens, les macoutes, les duvaliéristes revigorés et par le secteur des affaires traumatisés.

La seizième transition est différente de toutes les autres. La communauté internationale appuyée par les  Ètats Unis permit au prêtre déposé de passer trois ans de son mandat en dehors du pays et de continuer à gérer avec ses premiers ministres tantôt à l’intérieur, tantôt à l’extérieur du pays.

Tandis qu’en Haïti le président parallèle  de la seizième transition, Joseph Nérette  va passer le pouvoir à Marc l Bazin, premier ministre du président retenu à l’étranger. L’interlude Bazin est non seulement un signe annonciateur du retour de l’élu de décembre 90 mais aussi elle inaugure la dix-septième transition.

Les espoirs s’estompèrent nets avec l’échec de Governors Island. Le deuxième co président, Emile Jonassaint, pilotait la dix-huitième transition quand une armada de vingt mille soldats débarqua pour restaurer la démocratie.

Le 15 octobre 94, le Président Aristide est de retour. Malgré ses tentatives pour rallonger son mandat et récupérer les trois ans passés à l’étranger, le Président fut contraint d’organiser les élections. Son ancien Premier Ministre René G. Préval lui succéda. Il gouverna avec les deux franges dissidentes lavalas sans arriver à les réconcilier.(1996-2001)

Les élections de 2000 sont remportées par Aristide. Revanchard, vindicatif comme lui seul, il écarta les lavalassiens putchistes responsables de ses déboires de septembre 91.

Les ayant droits se défendent, ils actionnent à nouveau le levier de la coalition. Un chapeau sur mesure « 184 » prône la mobilisation. Rien n’est épargné pour obtenir le deuxième départ d’Aristide, pas même la commémoration du bicentenaire de notre indépendance en 2004.

« GRENN NAN BOUNDA, FÒK LI ALÉ » scandaient à tue-tête les manifestants le premier janvier 2004. À l’aube du 29 février 2004, la nouvelle s’est répandue comme une trainée de poudre. On n’en croyait pas ses oreilles. L’explosion de joie de 86, encore moins l’apothéose du retour du 15 octobre, ne fut pas au rendez-vous. Les manifestants sollicitant le départ du président n’avaient pas toutes les cartes en mains. Ceux qui venaient avec la formule Boniface Alexandre, président et Gérard Latortue, premier ministre pour les deux ans de la vingtième transition détenaient Les quatre AS d’atout.

Il fallait s’y accommoder. Vingt fois sur le métier, ils se sont remis à l’ouvrage. De FNC à FNCD, en bons coqs qualité, l’Espoir peut assurer la victoire, comme avec l’Unité… malgré les déceptions lavalassiennes.

En effet, Préval a gagné une deuxième fois les élections et a encore bouclé son mandat sans problème. La leçon de l’Unité ne fut pas apprise par les lavalassiens.

Les manœuvriers et idéologues de 87 prennent de l’âge, ils doivent réviser leurs stratégies. La mainmise du Législatif sur l’Exécutif doit être consolidée, améliorée et même étendue au  Judiciaire.

Le succès des urnes n’est pas toujours garanti. L’amendement de la constitution en 2011 permet au Premier Ministre de remplacer le Président de la République et chapeaute le Judiciaire d’un Conseil Supérieur.

IL FAUT LE POUVOIR PAR TOUS LES MOYENS, SURTOUT PAR LA TRANSITION.

LA PAIX augure une certaine quiétude mais VÉRITÉ aurait rassuré. Les démêlés de Jackie lumarque avec le CEP et le score de Jude Célestin (LAPEH) face à Mme Manigat qu’il va affronter en deuxième tour confirment la prudence de ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier.

BYEN KONTÉ, MAL KALKILE..

De son antre un troisième larron guettait; de sa tanière, (la légation) il dénonça le classement des résultats affichés par le CEP. Appuyé par la communauté internationale, il obtint l’aval des autres candidats pour un reclassement qui opposera en final au second tour la deuxième et le troisième.

« Les démelés de Jackie lumarque avec le CEP en 2015 et le score de Jude Célestin (LAPEH) face à Mme Manigat 2011 » qui auraient dû affronter en deuxième tour, confirment la prudence du pouvoir de ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier.

Jude Célestin, premier, est écarté d’un revers de main, sans aucune autre forme de procès. Si par euphémisme ou malice populaire le candidat à la Présidence de LAPEH est surnommé « KANDIDA BÈBÈ », cette fois l’AIGLE l’a bien muselé.

Les comptes sont réglés pour tous les affidés de l’OURS. Désormais l’ONCLE veille aux grains. Michèle J. MARTELLY, le roi du carnaval est couronné président d’Haïti (2011-2016). Si les résultats des urnes ne lui furent pas favorables, l’opposition ne désarme pas. Après maintes tentatives la vingt-et-unième transition est finalement arrivée avec Jocelerme Privert venu du parlement.

Elle n’a pas pu empêcher la victoire de Jovenel Moîse, élu Président pour cinq ans.(2017-2022). Respectueuse des six mois de trêve, l’opposition va orchestrer pendant trente mois toute une série de manifestations pour obtenir la vingt-deuxième transition.

FÉTICHISME OU PURE COINCIDENCE, LA VINGT-DEUXIÈME TRANSITION AURA-T-ELLE LIEU AVANT 2022? OU S’ACHEMINERA-T-ELLE VERS UN MANDAT DE CINQ ANS, 2022-2027?

JE NE SUIS NI CASSANDRE, NI ANTOINE NAN GOMYÉ

Auteur : Claude PÉAN, Gestionnaire Jurisconsulte Professeur aux Universités

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