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RDC : La mort du général kahimbi vers la piste de l’empoisonnement?

Général Delphin kahimbi

Trois mois après le décès suspect du chef de renseignements militaires, Delphin kahimbi, la commission d’enquête est au point mort, aucun témoin oculaire n’a pas été entendu et aucune autopsie n’a été réalisée alors que les langues se délient au sein de l’armée congolaise.

Kinsasha, https://www.lemiroirinfo.ca, Mardi 02 Juin 2020

Le mystère reste entier sur les circonstances de la mort du chef d’Etat-major en charge des renseignements, Delphin Kahimbi. Juste avant son décès, le général avait été suspecté par la présidence congolaise d’avoir placé sur écoute le cabinet de Félix Tshisekedi. Le patron des renseignements militaires avait été interdit de quitter le pays, avant d’être suspendu de ses fonctions et entendu par le Conseil de sécurité (CNS).

Personnage clé du dispositif sécuritaire mis en place par Joseph Kabila, le chef d’Etat-major en charge du renseignement était resté en poste après l’arrivée de Félix Tshisekedi. Accusé de vouloir espionner le nouveau pouvoir, Delphin Kahimbi a été auditionné longuement par le Conseil national de sécurité, mais nie en bloc toutes les accusations. Le général est placé en résidence surveillée et privé de protection.

En effet, le 28 février au matin, Delphin Kahimbi a été retrouvé mort à son domicile, à la veille de sa troisième audition devant le CNS. Dans un premier temps, l’épouse du général parle de « crise cardiaque » à la presse, avant d’évoquer La pendaison. La thèse du suicide commence à circuler, jusqu’au 6 mars, où le président Tshisekedi confirme en plein Conseil des ministres que d’après les éléments en sa possession, « il s’agit d’une pendaison ».

Félix Tshisekedi affirme souhaiter une enquête rapide « afin de soulager la famille éplorée ». Qui à déplace le corps de la buanderie au salon ? Trois mois plus tard, la Commission d’enquête est toujours au point mort. Le petit milieu du renseignement militaire congolais s’interroge et les langues commencent à se délier. Il faut dire que la chronologie des événements, relevée par des proches de Kahimbi, ne plaide pas vraiment pour la thèse du suicide, et intrigue de nombreuses sources sécuritaires. La version « officielle » parle d’une pendaison du général« dans sa buanderie». Premier fait troublant, plusieurs témoins ayant vu le lieu s’étonnent qu’un homme ait pu s’y  pendre « sans que la structure ne s’effondre ».

L’épouse de Kahimbi donne l’alerte à 7h00 du matin à un proche du général, qui n’arrive sur les lieux qu’à 8h00. Autre élément étrange, les témoignages des premières personnes arrivées sur les lieux indiquent que le corps de Delphin Kahimbi était allongé à terre dans le salon, avec son épouse et sa belle-mère à ses côtés. Beaucoup se demandent qui a déplacé le corps de la buanderie au salon, et s’étonnent de l’absence de corde qui aurait servi à Kahimbi pour se pendre.

Ces interrogations auraient pu trouver une réponse si la femme, la belle-mère et les premiers témoins avaient été interrogés par la commission d’enquête. Le problème, c’est que la commission n’a entendu personne.

 Enfin, d’autres sources affirment que Delphin Kahimbi était déjà décédé avant d’arriver à l’hôpital du Cinquantenaire, contrairement à la version « officielle ». Son épouse ne l’a d’ailleurs pas accompagné à l’hôpital. Et pour couronner le tout, aucune autopsie n’a été réalisée sur le corps du général, qui attend toujours d’être inhumé. Une demande de fonds (118.000$) a d’ailleurs été exigée par le ministère de la Défense au ministère des Finances, pour régler les frais d’obsèques. Une somme qui a fait s’étrangler plus d’un militaire.

Delphin kahimbi a-t-il pris dans un piège ?

Chez les anciens collègues de Kahimbi, personne ne croit à la version du suicide. Car, en dehors des circonstances troubles de sa mort, certains pensent que le patron des Renseignements « a été piégé dans l’affaire des écoutes ». Une source sécuritaire affirme que c’est en fait la présidence congolaise qui a demandé à Delphin Kahimbi, via le conseiller spécial en matière de sécurité, d’aller récupérer du matériel d’écoute en Afrique du Sud, et qui l’a mis en contact avec un correspondant sur place. La commande datait de la présidence de Kabila, mais la somme n’a jamais décaissée pour acquérir ces matériels.

Dans un premier temps, Delphin Kahimbi reçoit uniquement les moniteurs du système d’écoute en provenance d’Afrique du Sud, mais sans le logiciel qui lui permet de l’utiliser. L’affaire tourne vinaigre lorsque le contact en Afrique du Sud prévient la présidence que le s a reçu le système complet d’écoute (moniteurs et logiciel) et demande si le patron des renseignements les a prévenus que les matériels étaient opérationnels. L’information met la puce à l’oreille de la présidence qui soupçonne alors Kahimbi d’utiliser le système sud-africain pour les espionner.

Devant le Conseil de sécurité, Delphin Kahimbi a démenti fermement avoir placé la présidence sur écoute. Ce que confirme ses proches, qui sont convaincus que le chef d’Etat major en charge des renseignements a été piégé. Reste à savoir par qui ? Le fameux «contact » en Afrique du Sud n’est plus joignable, et à la présidence, on plaide la bonne foi. L’entourage du général s’inquiète de la tournure que prend la commission d’enquête, qui n’a interrogé aucun témoin direct, n’a fait procéder à aucune Autopsie et s’est récemment plaint de n’avoir aucun moyen financier pour fonctionner. Au sein des renseignements militaires, on redoute que

la commission d’enquête ne soit qu’une coquille vide chargée de valider la thèse « officielle » de la pendaison, avancée par Félix Tshisekedi.

Témoin de l’accord kabila-Tshisekedi

Une source sécuritaire nous confie que « sans interrogatoire des principaux témoins de l’affaire et  sans autopsie du corps, ils a peu de chance de découvrir la vérité sur la mort mystérieuse de Delphin Kahimbi ». « Les commissions d’enquête aboutissent rarement en RDC » estime notre source, qui voit également dans la mort de Delphin Kahimbi, la disparition d’un témoin-clé de l’accord politique secret de partage du pouvoir entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi avant l’annonce des résultats de la présidentielle de 2018. Un accord signé sous parrainage sud-africain.

Pour cette source au sein de l’armée, la piste de l’empoisonnement de Delphin Kahimbi devrait être une hypothèse à privilégier par la commission d’enquête. Mais pour l’heure, aucune date n’est avancée pour la publication du rapport de la commission Kahimbi, trois mois après le décès du militaire. Un délai d’autant plus étonnant. Dans  une autre affaire, comme  celle de la mort suspecte du juge Raphaël Yanyi qui instruisait le très sensible procès Kamerhe, une autopsie a été réalisée dans les 48 heures et le rapport est attendu très prochainement. La thèse de la mort par l’empoisonnement du juge est fortement suspectée.

Auteur : Alain kanyombo

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