PORT-AU-PRINCE, Haïti — Au terme d’une mission de quatre jours en Haïti, la Princesse Sarah Zeid lance un appel pressant à une mobilisation nationale et internationale face à l’aggravation de la crise humanitaire. Au cœur de son plaidoyer: un investissement massif dans les femmes, considérées comme le levier central de la relance du pays. La crise en Haïti requiert une attention urgente de la part de la communauté internationale, car elle touche des millions de personnes vulnérables et nécessite des mesures significatives et immédiates pour soulager les souffrances.

Lors d’une conférence de presse-bilan tenue ce jeudi 30 avril, la Conseillère spéciale pour l’initiative du Coordonnateur des secours d’urgence des Nations Unies sur la santé maternelle et néonatale en situation de crise a dressé un constat sans détour. Entre résilience et détresse, la réalité haïtienne laisse une impression contrastée. « Je repars avec un sentiment mitigé, entre la force du peuple haïtien et la souffrance visible sur le visage des plus vulnérables, notamment les femmes et les enfants », a-t-elle confié. Cela souligne l’importance d’une approche holistique dans la gestion de cette crise, intégrant à la fois des efforts humanitaires immédiats et des stratégies de renforcement durable.

Au cours de sa visite, la Princesse a parcouru plusieurs sites de déplacés internes dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, ainsi que l’Hôpital universitaire La Paix, à Delmas. Sur le terrain, elle a été confrontée à des conditions de vie extrêmes : promiscuité, insécurité alimentaire, violences, notamment basées sur le genre. « Ces rencontres m’ont permis de mesurer l’ampleur des défis auxquels font face des milliers de familles, en particulier les femmes et les filles », a-t-elle déploré. Les histoires qu’elle a entendues tout au long de son séjour mettent en lumière la lutte quotidienne des communautés pour la survie, mais aussi leur détermination à surmonter ces obstacles.

À l’hôpital La Paix, l’émotion était tout aussi palpable. Femmes enceintes en attente d’accouchement, mères accompagnant leurs enfants pour la vaccination, enfants souffrant de malnutrition : autant de visages qui, au-delà des statistiques, incarnent la crise. « Il ne s’agit pas seulement de chiffres, mais de vies humaines, de dignité et d’espoir », a-t-elle insisté. La situation dans les hôpitaux est une illustration frappante de l’urgence sanitaire qui s’aggrave, mettant en danger non seulement les générations actuelles, mais aussi les futures.

La mission a également été marquée par des échanges avec des acteurs de la société civile, dont le Rassemblement des Madan Sara (RAMSA), ainsi qu’avec des autorités haïtiennes, notamment le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Ce dernier a réaffirmé l’engagement de son gouvernement à lutter contre l’insécurité et à renforcer la cohésion sociale, conditions indispensables à la relance socioéconomique. Ces discussions ont permis de dégager des perspectives sur la manière dont la coopération internationale peut soutenir les efforts locaux et promouvoir un développement durable.

Dans un pays où plus de 1,4 million de personnes sont aujourd’hui déplacées internes, vivant pour la plupart dans des camps de fortune, l’urgence est absolue. Plus de 6,4 millions d’Haïtiens ont besoin d’assistance humanitaire, et l’insécurité alimentaire atteint des niveaux critiques. Les femmes, piliers de l’économie informelle et de la sécurité alimentaire, sont en première ligne, mais aussi parmi les plus exposées à la violence et à la précarité. Il est donc crucial que les efforts pour stabiliser le pays mettent un accent particulier sur l’autonomisation des femmes, afin qu’elles puissent jouer un rôle actif dans la reconstruction de leur communauté. Un investissement stratégique dans leur éducation, leur santé et leur sécurité peut non seulement améliorer leur situation immédiate, mais aussi catalyser un changement systémique pour un avenir meilleur en Haïti.

« Les femmes sont la colonne vertébrale de la relance en Haïti. Investir dans leur autonomisation économique, c’est garantir un avenir meilleur pour les enfants », a martelé la Princesse Sarah Zeid. Elle plaide pour une approche intégrée, allant de la santé maternelle à l’éducation, en passant par la nutrition et la protection sociale.

Même son de cloche du côté des Nations Unies. La Coordonnatrice résidente et humanitaire, Nicole Boni Kouassi, appelle à une action collective urgente. « Nous devons unir nos efforts pour garantir des services essentiels aux femmes et aux enfants, tout en restaurant les moyens de subsistance et en renforçant la résilience des communautés », a-t-elle déclaré.

La Directrice pays du Programme alimentaire mondial en Haïti, Wanja Kaaria, a pour sa part souligné l’importance de renforcer les programmes alimentaires, notamment les repas scolaires, et de soutenir les initiatives économiques portées par les femmes.

La mission s’est conclue par la signature d’une déclaration conjointe entre la Princesse Sarah Zeid et des représentantes onusiennes. Un acte fort, symbole d’un engagement renouvelé en faveur des populations les plus vulnérables.

Au-delà des mots, cet engagement ouvre la voie à des actions concrètes : mobilisation accrue des financements, mise en place d’un fonds stratégique dédié et développement de solutions durables centrées sur les femmes et les enfants. Dans un pays à la croisée des chemins, la communauté internationale est désormais interpellée à transformer cette solidarité en résultats tangibles.

Max Evans SÉIDE

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Louiny FONTAL

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