Port-au-Prince, le 6 avril 2026. Depuis quelque temps, une tendance inquiétante se développe sur les réseaux sociaux et dans certains événements publics : l’utilisation du « body painting » comme forme d’animation artistique. Présentée comme une pratique créative, moderne et attractive, elle semble séduire une partie de la jeunesse. Pourtant, derrière cette apparente légèreté, se cachent des dérives préoccupantes qui méritent une attention sérieuse.

L’art, dans toutes ses formes, a toujours été un vecteur d’expression, de transformation et d’élévation. La peinture, en particulier, est un langage universel qui sublime la matière, raconte des histoires et transmet des émotions. La peinture sur tissu — penti sou twal — en est une illustration remarquable : elle valorise le savoir-faire, l’identité culturelle et la créativité. Mais que dire lorsque cette même logique artistique est détournée vers le corps humain, sans cadre clair, sans éthique et parfois sans respect des limites ?

Car c’est bien là que le problème se pose.

Dans plusieurs cas observés, notamment lors d’activités festives ou culturelles, le « body painting » dépasse largement le cadre de l’expression artistique. Des gestes inappropriés sont posés, souvent sur de jeunes filles, dans un contexte où la notion de consentement est floue, voire absente. Ce qui est présenté comme un simple jeu devient alors une forme d’exposition du corps féminin, réduite à un objet de divertissement.

Dans une société où le respect des droits des femmes est déjà fragilisé, accepter de telles pratiques revient à enfoncer davantage le clou dans la plaie. C’est banaliser l’objectification du corps féminin. C’est envoyer un message dangereux à la jeunesse : celui selon lequel le corps des femmes peut être utilisé, exposé, manipulé sous couvert d’art ou de divertissement.

Peut-on réellement parler d’art lorsque la dignité est mise à mal ?

Il est urgent de poser cette question.

Loin de condamner le « body painting » dans son essence — car pratiqué dans un cadre professionnel, artistique et respectueux, il peut être une forme d’expression légitime — il convient de dénoncer les dérives actuelles observées dans certains milieux. L’absence de cadre, de régulation et de responsabilité ouvre la porte à des abus qui ne disent pas leur nom.

Face à cette situation, les responsabilités sont partagées.

Les organisateurs d’événements doivent faire preuve de vigilance et d’éthique. Les autorités publiques, y compris les commissaires du gouvernement, ont un rôle à jouer pour encadrer ces pratiques et prévenir les abus. Mais au-delà des institutions, une question essentielle demeure : où sont les parents ?

Sont-ils dépassés par les événements, ou ont-ils simplement démissionné face à ces nouvelles tendances ?

Il ne s’agit pas ici de juger, mais d’interpeller. Car l’éducation et la protection des jeunes restent avant tout une responsabilité collective. Fermer les yeux, c’est cautionner. Se taire, c’est laisser faire.

Il est temps de dire stop. Assez.

Il est temps de repenser les formes d’animation proposées à notre jeunesse. Des activités plus ludiques, plus éducatives, plus respectueuses des valeurs humaines existent et doivent être privilégiées. L’art peut et doit rester un espace de création et d’élévation, non un prétexte à la dérive.

Car à défaut, c’est l’avenir même de notre jeunesse qui se trouve compromis.

À bon entendeur, salut.

Louiny FONTAL

fontallouiny1980@gmail.com