
Port-au-Prince, 25 septembre 2025 — Les 23 et 25 septembre derniers, le Centre de Débats, de Recherches et de Formation (CEDREF) a réuni quarante jeunes pour deux journées de plaidoyer autour des droits humains, des violences basées sur le genre (VBG), du paludisme et de la tuberculose. Organisée avec le soutien du Fonds mondial à travers le projet Community Led Monitoring (CLM), cette activité fait suite à la publication d’un rapport d’enquête réalisée entre juin et septembre 2025 dans 27 sites de prise en charge répartis sur les dix départements géographiques du pays. Au total, 647 personnes ont été interrogées, dont 321 patients atteints de la tuberculose.
Les résultats sont préoccupants : infrastructures vétustes, rupture de médicaments, manque de personnel et faiblesse des dispositifs de prévention. Dans 37 % des sites visités, les patients qui toussent ne reçoivent ni masque ni mouchoir ; dans 52 %, aucune affiche visible ne rappelle les gestes barrières ; et près de 28 % des responsables signalent des ruptures récurrentes de médicaments antituberculeux.
Même constat pour la malaria : 29 % des patients disent n’avoir reçu aucune information sur les moyens de prévention et 38 % des établissements ne disposent pas d’agents de santé communautaire formés pour le dépistage.
Face à cette réalité, les jeunes participants ont exprimé leur indignation, mais aussi leur volonté d’agir.
« Les résultats de cette enquête sont le reflet d’une situation alarmante. Beaucoup de sites fonctionnent dans des conditions indignes, sans matériel adéquat, ni ventilation, ni personnel suffisant », a déploré John Joseph, directeur exécutif du CEDREF et représentant du Comité de coordination multisectorielle (CCM-Haïti).
« Le CLM nous permet d’entendre la voix des patients et des communautés. Ces données ne doivent pas dormir dans les tiroirs, elles doivent servir à interpeller et à agir », a-t-il ajouté.
Les discussions ont également porté sur les violences basées sur le genre, un phénomène qui prend de l’ampleur dans le pays. Entre avril et juin 2025, 628 cas de violences sexuelles ont été recensés par le Bureau intégré des Nations Unies (BINUH).
« Nous, les jeunes, devons continuer à en parler et à soutenir les victimes », a plaidé Jean Gilles Christina, 32 ans, l’une des participantes.
« Dans plusieurs quartiers contrôlés par des hommes armés, des filles vivent dans la peur. Cette formation m’a donné la force de transformer cette peur en action. »
À l’issue des deux journées, les participants ont pris des engagements clairs : sensibiliser leurs communautés, documenter les cas d’abus, orienter les victimes vers les services appropriés et participer activement aux visites de solutions prévues d’ici décembre 2025. Ces rencontres, conduites avec les responsables des sites de santé, visent à analyser les progrès réalisés et à co-construire des solutions issues de la société civile.
Le projet CLM s’affirme ainsi comme une expérience citoyenne unique, où les données recueillies deviennent un instrument de plaidoyer collectif. Ses acteurs — jeunes, organisations de base, responsables de santé — forment un même maillon de la chaîne du changement.
Mais pour que ce travail se poursuive, il faut un engagement continu des partenaires et des institutions publiques. Sans un financement régulier et sans coordination durable, ces initiatives risquent de s’éteindre, laissant le silence reprendre là où les voix commencent à se faire entendre.
Car si ces deux journées ont prouvé une chose, c’est bien que la transformation soit possible quand la jeunesse se lève. Ces jeunes, porteurs d’idées et d’espoir, rappellent qu’en matière de santé et de droits humains, se taire, c’est déjà renoncer. Et qu’à l’image de ces journées de plaidoyer, c’est ensemble — communauté, institutions et partenaires — que se construira le souffle d’un système de santé plus juste, plus humain et plus proche des citoyens.