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Haïti-Gouvernance : Libérons-nous chers dirigeants afin que le peuple se libère

La mauvaise gouvernance s’érige en maître en Haïti. Confusion totale. La majorité des haïtiens semble accepter l’état de fait. Les dirigeants comme le peuple se plaignent de la situation. Pataugeant dans la misère la plus ignoble, une bonne partie de la population implore la miséricorde du Tout-Puissant. Les années passent et repassent.

Québec, https://www.lemiroirinfo.ca, Dimanche 03 Mai 2020

Faute d’enseignement de qualité, nos dirigeants envoient leur fils à l’étranger pour étudier. Ils ne sont pas dupes. Ils ont raison. Pour ne pas les tenir pour responsable, ils incombent fréquemment la faute aux puissances étrangères telles que la France et les États-Unis d’Amérique. Certes, ces derniers en sont également responsables, nous en sommes conscients. Mais quelles sont les véritables causes de nos malheurs ? Pourquoi en sommes-nous là ? Qu’arrive-t-il réellement à notre pays ? Comment expliquer le chaos haïtien ?

 En effet, la réponse est donnée depuis belle lurette par Jacques-Bénigne Bossuet « Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes ».. Il en est de même, le groupe musical Tabou Combo décrit très bien le problème haïtien dans un tube intitulé « Haïti chérie ». La formation musicale nous raconte comment elle éprouve un amour incommensurable pour Haïti, la perle des Antilles. Elle vante la gloire de la première République noire qui impose de moins en moins d’exigences à ses concitoyens eu égard à l’intransigeance des pays développés notamment les États-Unis d’Amérique. Notre cher Tabou Combo avance ceci  « Lanèj mèt ap tonbe, fò’m ale travay Nou bouke! Li mèt « below zero, » m’oblije al ponche Nou bouke! Menm si mwen fatige, fò’m al peye « bill » mwen, Nou bouke ».

Ce qui échappe au compositeur de ce tube devenu folklorique, c’est évidemment l’absence de concession inutile qui constitue le fondement des grandes nations comme le Canada, les États-Unis et la France : une économie solide, un enseignement de qualité, un système judiciaire aspirant confiance. Loin d’exalter la paresse par complaisance de vouloir plaire à tout le monde,  ces nations prennent quotidiennement les grandes décisions capables de développer leur pays. En revanche, notre conception actuelle s’apparente à l’esclave qui veut s’affranchir de l’injustice de ses maitres sanguinaires par la chanson et le rêve passif.

 Pour ainsi dire, cette mentalité scabieuse constitue un frein à notre développement économique. Aux États-Unis d’Amérique comme au Canada, la vie est difficile. Sur le chemin du travail, les gens se tiennent debout aux heures de pointe pendant plus une (1) heure faute de place dans les trains et les bus. Ils sont entassés pour la plupart du temps comme des sardines. Nos compatriotes de la diaspora nous dissimulent ces vérités. Pourtant, c’est exactement ce dont notre jeunesse a besoin pour l’aider à cesser de tourner exclusivement leur regard sur l’étranger.

 En fait, notre pays semble sombré viscéralement dans la magie. Nous aspirons à la prospérité sans vouloir en payer le prix. La grande majorité des fonctionnaires de l’administration publique exécute leurs taches comme bon leur semble. Avec ou sans résultat, leur salaire sera versé. Les ministres, parlementaires, présidents se comportent comme si leurs perdiems sont des droits inaliénables. En revanche, ils fustigent avec la plus grande rigueur les manifestations des enseignants qui réclament deux (2) ans de salaires d’arriérés. Comme étant si complexe ou si difficile, nos soi-disant bourgeois sont plus à l’aise à importer les denrées agricoles produites la plupart du temps avec l’aide de nos compatriotes travaillant dans les fermes agricoles soit en République Dominicaine ou aux États-Unis d’Amérique au lieu d’eux-mêmes les produire.

Par ailleurs, on ressasse toujours que les haïtiens sont très laborieux, courageux, résistants à l’adversité, mais souvent dans le mauvais sens du terme (oh ayisyen pa pè mizè, pèp ayisyen pa bezwen anpil se yon ti minimòm li bezwen, dirijan yo mechan wi !). En effet, cette manière de penser nous tue en tant que peuple. Comment peut-on oser crier qu’un peuple n’est pas exigeant ? Si l’on n’est pas intransigeant avec soi-même, quoi de grand peut-on espérer ? C’est pourquoi nos dirigeants ne se soucient guère du problème de la sécurité, de l’éducation et de la santé. Ils volent, pillent, dansent, brisent en pensant, dans leur rêve chimérique, leurs maitres blancs préparent un endroit sûr à l’extérieur du pays pour les abriter.

De ce point de vue, nous voulons dire tout de go à nos jeunes haïtiens de ne pas se laisser influencer par des discours pompeux. Nous sommes capable de faire, entant qu’être humain, créé à l’image de Dieu, doté de la faculté de penser, de bâtir de grande chose. Nous pouvons changer la situation d’Haïti par le travail, par le sens du sérieux, par l’adaptation de méthodes de développement appropriées. Personne ne peut réussir individuellement. Même si on devient riche, on change de citoyenneté, on dira toujours : celui-ci est un canadien ou un américain d’origine haïtienne.

 Au fait, il n’y a pas de différence entre un haïtien et un américain sur le plan humain. La différence, si différence il y en a,  réside uniquement dans la façon dont on affronte la réalité. Le Docteur Martin L. King a eu à dire « Et chaque fois que des hommes et des femmes redressent l’échine, ils peuvent aller où ils veulent, car personne ne peut monter sur votre dos tant que vous vous tenez droits ».

Le pays a besoin seulement d’hommes courageux, compétents et soucieux du problème haïtien. Des gens susceptibles de construire un État responsable, un État qui élabore, adopte et met en vigueur les lois qui régissent son fonctionnement. Un État qui suit un processus efficace et respectueux d’une certaine éthique fondée sur la sauvegarde de l’intérêt public. De ce fait, nous lançons, par cette même occasion, un message clair aux aspirants candidats malhonnêtes et incompétents, en leur priant de  reculer tout simplement.

Aucun pays ne peut progresser sans adopter de mesures drastiques. Il faut de grand investissement dans l’éducation et dans la recherche scientifique. Comme disait Danton Georges Jacques « Après le pain, l’éducation est le premier besoin d’un peuple ». L’éducation développe la pensée, permet de voir loin, perce les mystères. L’éducation est la clé qui permet de libérer le potentiel des personnes et des sociétés. Elle est une arme puissante pouvant aider au désenchantement du monde. Un monde qui se libère de la magie et de la religion, et adoptant  la raison comme moteur de l’action humaine. Alors, cessons aujourd’hui, chers amis, d’utiliser que des faux-fuyants tels que : le diable, le loup-garou, le zombi et le blanc comme moyen unique pour échapper à notre responsabilité.

Car, si nous croyons qu’on peut changer notre situation de peuple uniquement par la prière, par le jeûne de quarante (40) jours, par des laisser-aller, par des phrases fumeuses, c’est de la folie purement et simplement. Notre conception fantaisiste de la vie, des dirigeants qui nous manipulent sont de véritables problèmes. Il faut mettre un terme à tout cela, si on veut changer la donne. Le scientifique Albert Einstein l’a si bien définie : « La folie, c’est se comporter de la même manière et s’attendre à un résultat différent. »

Auteur : Thony Desauguste, Avocat au Barreau du Cap-Haïtien, Courriel : dthonyfile@yahoo.fr

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