Cliquer pour écouter la Radio 
                         Cliquer pour écouter la Radio 

Montréal/Covid-19: Les dessous et les non-dits du confinement

Crédit: RCI

Nous sommes en train de vivre les prédictions de la série 24 heures chrono de Jack Beauer. Nous ne sommes pas dans un film. Nous sommes dans la vraie réalité. La meilleure façon d’éviter la propagation de ce virus naturel ou technologique, dirait-on, c’est que tout le monde reste en confinement chez soi.

Montréal, https://www.lemiroirinfo.ca, Samedi 11 Avril 2020

À Montréal, la métropole économique du Québec, les rues sont désertes- les écoles, les instituts, les universités, les parcs et les terrains de jeu, les églises, sont tous fermés.

Le vrai ennemi de l’homme n’est ni la cagnotte ni le lion rugissant qui laissent le parc zoologique, mais c’est l’homme contre l’homme. En gros, une anthropophobie ou misanthropie circonstancielle est à son paroxysme.

D’un coup, les habitudes sont changées. Le lavage des mains, la distanciation sociale et la peur de l’autre rentrent dans la vie quotidienne des montréalais et montréalaises.

C’est l’anniversaire d’Oly. Mon fils de cœur qui me sourit à chaque fois que je parle au téléphone avec son père géniteur.  Il me dit «papi» ce qui m’a fait chaud au cœur sous le regard malicieux de son père vrai qui est un peu jaloux de moi. Alors que,  lui, il entend rarement qu’Oly prononce à son endroit le vocable «papi»(rire).

En effet, j’aimerais bien assister à ce moment mémorable où mon petit Oly doit siffler ses deux bougies. Malheureusement, chacun doit rester chez soi. La visite domiciliaire est interdite comme la loi de ne pas brûler la lumière rouge et de ne pas conduire avec des facultés affaiblies.

En effet, une jeune femme qui réside à Montréal était en route pour aller voir son partenaire (chum) en langage québécois à Laval, a été interceptée par la police. Elle a été contrainte de rentrer chez elle sans pouvoir chatouiller, effleurer et caresser le corps de l’autre.

Si vous habitez à Laval, puis vous travaillez à Montréal, il vous faudrait une autorisation de votre employeur. Tout cela pour limiter la circulation en vue de diminuer le risque de propagation de la covid-19.

Le cynisme est généralisé. En revenant du travail, l’homme et la femme ne s’embrassent pas sans prendre leur douche respective.

Dans les rues, les supermarchés, les épiceries et au travail, la méfiance est totale. La quantité de clients à faire rentrer est contrôlée par le personnel. Chacun doit attendre son tour avant de passer dans les rayons pour choisir ses produits ou pour demander un service dans un bureau public ou privé.

Les caissiers et caissières sont protégés par une vitre transparente. Car, l’inquiétude de se faire arroser par les gouttelettes de son vis à vis monte de manière vertigineuse.

«Je suis allé nettoyer un bureau. Brusquement, une employée a pris ses distances. Comme si je suis un lion rugissant. Je me suis frustré et humilié» nous raconte Sony Tremblay (nom d’emprunt). Qui, en suite, a reconnu les mesures de sécurité que chacun doit prendre pour se protéger contre la pandémie.

En temps de covid-19, n’attendez pas de voir sourire les agents de sécurité et les membres du service à la clientèle. Vous allez être servi mais pas dans le même charisme habituel. Car, la méfiance de se faire infecter par son interlocuteur est de taille.

Des citoyens racontent leur calvaire avec les nouveaux modes de vie exigés pour limiter la propagation du coronavirus. Les témoignages des uns sont plus tristes les uns des autres.

«Plus de 70 personnes sont testées positives dans mon travail. Je suis obligée de porter le double des équipements de protection. Il y a plusieurs personnes âgées qui sont décédées» nous raconte une aide-soignante qui travaille dans une résidence publique.

«Mes petits enfants sont confinés avec leur père. Depuis le 15 mars, je ne les vois pas» a expliqué de l’air triste, une gestionnaire de la fonction publique qui coordonne le travail de plus de 30 personnes dans un service public.

«Je suis allé travailler dans une résidence privée et j’ai constaté une grand’mère qui versait des larmes de crocodile pour ne pas être autorisée à embrasser son fils et son petit qui étaient venus lui apporter quelques linges et des produits alimentaires» nous raconte Haleine Robitaille, gardienne de sécurité.

Les québécois ne tolèrent pas respirer l’odeur du parfum corporel de l’autre. La distanciation physique a résolu ce malaise. Dans le transport en commun «les autobus, les trains de banlieues et les métros de Montréal» au moins une rangée vous sépare de l’autre.

À la question d’un enfant  de 8 ans qui se sent ennuyé pour avoir été coincé entre les quatre murs de la résidence de ses parents sans savoir quand il pourrait rejoindre ses camarades de classe et le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a répondu: «Je ne sais pas quand tu pourrais retourner à l’école. Nous travaillons pour limiter les dégâts dans notre pays. Le mieux c’est de rester à la maison et le moment opportun tu pourrais retrouver tes camarades de classe».

«On pourrait atteindre le sommet de la courbe à la fin du printemps et la première vague pourrait se terminer pendant l’été. Or, la normalité, comme elle était avant, ne pourra pas revenir tant qu’il n’y aura pas de vaccin, et ça pourrait être dans un an ou un an et demi. On ne le sait pas exactement» a tranché le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, en mêlée de presse. 

Auteur : Qetony SAINT-VIL, courriel : quetony.saintvil@gmail.com