Port-au-Prince, 10 février 2026La Fédération haïtienne des associations de médias et de journalistes pour la défense des droits humains (FHAMEJOUDDH) a exprimé de profondes réserves quant à l’efficacité du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) à accompagner, dans sa configuration actuelle, un véritable dialogue national inter-haïtien devant conduire à des élections crédibles et au retour à l’ordre constitutionnel.

Cette position a été portée à l’occasion d’une séance d’échange organisée le 6 février 2026 par le BINUH à l’Hôtel Karibe, autour de la mise en œuvre de la résolution 2814 (2026) du Conseil de sécurité des Nations Unies, renouvelant le mandat de la mission onusienne. La rencontre, initiée par la Section des affaires politiques et de la bonne gouvernance, a réuni des représentants du monde académique, de la société civile, des plateformes citoyennes et des communautés religieuses.

Tout en rappelant que le mandat du BINUH, établi en 2019, repose sur la stabilité politique, l’appui au dialogue national et la protection des droits humains, la FHAMEJOUDDH estime que le bilan global de la mission demeure mitigé après plus de sept années de présence en Haïti. Selon la Fédération, l’aggravation continue de la crise politique, sécuritaire et humanitaire interroge l’impact réel de cet accompagnement international.

La FHAMEJOUDDH souligne que la caducité du Parlement en 2020, l’absence prolongée d’élections, l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021 et la succession de gouvernances intérimaires ont profondément fragilisé l’État et rompu la confiance entre les citoyens et les institutions. Dans ce contexte, les conditions minimales d’un dialogue national structuré, inclusif et sécurisé ne sont toujours pas réunies, notamment en raison de l’insécurité généralisée et de la fragmentation du tissu social et politique.

Sur le plan des droits humains, la Fédération se dit particulièrement préoccupée par la détérioration alarmante de la situation : recrudescence des homicides, déplacements massifs de populations, explosion des violences sexuelles et basées sur le genre, insécurité alimentaire critique et affaiblissement des institutions sécuritaires et carcérales.

Fidèle à une démarche de plaidoyer constructif, la FHAMEJOUDDH appelle toutefois à des ajustements majeurs. Elle recommande un renforcement de la communication stratégique du BINUH, une présence accrue dans les régions, un appui structuré aux médias et aux organisations de la société civile, ainsi que la mise en place de mécanismes de dialogue progressifs adaptés au contexte sécuritaire.

Par cette prise de position, la FHAMEJOUDDH réaffirme son engagement en faveur d’une presse responsable, de la défense des droits humains et de la consolidation d’un processus démocratique crédible et durable en Haïti.