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Cap-Haïtien/Carnaval: Me Frandley Julien Denis analyse et interprète la déroute de la bande de Sweet Micky

Michel Joseph Martelly

Le docteur en Droit, l’originaire du Nord, Frandley Julien Denis, reconnu pour son franc parler, analyse et interprète la déroute de la bande à Sweet Micky durant les festivités carnavalesques à Cap-Haïtien, le lundi 24 Février 2020 dernier. Il voit cette démarche citoyenne une prise de conscience collective contre les dérives d’un homme qui banalise les valeurs des institutions républicaines d’un pays qui recule.

Montréal, https://www.lemirorinfo.ca, Samedi 29 Février 2020

Ceux qui s’entêtent à ne considérer que le coût politique de la déroute de Michel Martelly au Cap-Haïtien au carnaval de cette année ne prêtent attention qu’à l’arbre qui cache la forêt. Cet échec est beaucoup plus profond qu’il n’en a l’air. A travers cette déroute, le Cap, fidèle à sa réputation d’espace de résistance, a rejeté une série de pratiques que le président autoproclamé du« konpa» symbolise depuis son accession au pouvoir.

Cette année, le Cap-Haïtien célèbre les 350 ans de sa fondation, et commémore concurremment le 200e anniversaire de la mort du Roi Christophe. Pour fêter tant bien que mal ces deux événements majeurs, un comité fut institué sous la présidence de Marc Georges, lequel comité avait décidé d’utiliser ce double anniversaire pour créer une vitrine pour les valeurs locales, dont, évidemment, les groupes musicaux du Nord.

Donc, dans un tel contexte, le comité n’aurait pu inviter M. Martelly qui n’est pas du Nord, à participer au carnaval du Cap sans trahir l’objectif même qu’il s’était fixé, et l’essence de toute une série d’activités appelées à se dérouler à longueur d’année.

Martelly un carnaval dans le carnaval. Qui l’avait invité ?

En dépit des efforts du comité, il peine à mobiliser les fonds nécessaires à la concrétisation de sa vision. La semaine dernière, pendant que le doute planait sur l’organisation du carnaval capois, car, le ministère des finances n’est jamais diligent dans le décaissement de fonds destinés aux villes secondaires du pays, les images de demande de décaissement en faveur de l’entourage de Monsieur Martelly circulaient sur les médias sociaux.

À ce moment-là, deux questions étaient sur les lèvres des capois: Martelly était-il un carnaval dans le carnaval? Qui l’avait invité? La réalité était claire : Martelly s’était invité au carnaval capois comme un proconsul romain en territoire conquis, et le comité du carnaval capois n’avait qu’à s’y faire. La suite de cette saga est connue de tous.

Ce qui est arrivé à Martelly au Cap-Haitien, c’est le refus par le Nord d’une série de pratiques qui, en majeure partie, sont à la base de l’état lamentable dans lequel se trouve le pays aujourd’hui. Le comité du carnaval capois avait déjà fait choix des groupes musicaux admis à défiler durant les trois jours gras, en vertu de critères définis.

Au nom de quels principes M. Martelly allait-il s’immiscer dans le parcours, au mépris des critères retenus et des groupes qui s’étaient soumis au jugement du comité ? Ensuite, la police locale, à l’annonce de l’arrivée de M. Martelly, s’est déclarée incapable de garantir la sécurité des carnavaliers. Ce faisant, les policiers ont refusé de se faire complices de la participation anarchique de M. Martelly au carnaval, et de l’affaiblissement par Martelly des institutions en charge des festivités. 

PHTK se sert tout d’abord

Monsieur Martelly est la personnification d’un pouvoir qui se sert au lieu de servir; il est le symbole d’une Haïti qui retourne progressivement à l’état de nature, parce que caractérisée par la raison du plus fort. Il est incapable de contrôler ses pulsions et se sert de sa position de pouvoir pour imposer son incontinence aux couches saines d’une population qui rêve d’un pays normal, avec des problèmes normaux.

En ce sens, ceux qui ont eu le courage de s’opposer à la violation de l’âme nordiste par Martelly, quels qu’aient été leurs objectifs réels, ont donné une voix à tous ces citoyens qui déplorent dans un silence résigné la déliquescence d’un pays accaparé par une mafia antipatriotique et ignorante qui, après avoir démantelé tous les ressorts de la citoyenneté, s’estime assez confortable pour assumer son banditisme légitimé, à travers la formule auto-descriptive : « bandi legal« .

Que la résistance capoise soit le début d’un réveil de la conscience nationale pour que dans un futur proche, le citoyen haïtien qui se réfugie dans l’isoloir, puisse avoir le choix entre des candidats qui s’inscriront sur un continuum qui s’étendant du bien au meilleur, en passant par le mieux. En attendant, les capois empruntent à contrecœur la formule consacrée d’un infâme juge pour dire à Martelly: Ale, pa fè sa ankò.

Auteur : Me. Frandley Denis Julien, Citoyen du Nord, Avocat Militant, Ancien Assistant-Procureur de l’État de Floride

Courriel: Frandley@frandleyjulien.com

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