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Covid-19 : Les médecins remplacent- ils les hommes de Dieu ?

Port-au-Prince, https://www.lemiroirinfo.ca, Mardi 07 Avril 2020

Petit billet au Dr. Jean Fils – Aimé suite à la publication de son texte sur l’inaction de Dieu!

Le Pape a célébré la messe du dimanche des rameaux dans la Basilique Saint-Pierre, symbole de la chrétienté, totalement déserte. Les chrétiens ont préféré de se confiner à la maison pour se protéger du coronavirus que d’aller à la messe pour entendre la parole de Dieu qui sauve et qui guérit. C’est un tournant. Qu’annonce -t-il ?

Le Docteur Jean Fils -aimé a-t-il utilisé sa capacité intellectuelle et ses dons pour déraisonner sur Dieu ou pour déconstruire une réalité qui est à l’œuvre ? Ma question est loin d’être  une diatribe condescendante.

Je crois en Dieu. Je me demande si les chrétiens évangéliques et moi avons un Dieu en commun ? Mon Dieu est-il le leur ou le leur, le mien ? En tout cas, ce n’est pas cette pandémie qui provoque une détresse humaine à l’échelle planétaire, même quand elle me consume au moment où j’écris ce texte, qui me fera renier ou renégocier Dieu.

Dieu est le principe de la vie. Si Dieu est mort, comme disait Nietzsche, puisque tout subsiste en lui, il emporte aussi la vie dont il est le principe. Or, la vie existe. Il me semble qu’il y a quelques difficultés à résoudre sur le plan philosophique.

Malgré mon désaccord avec le Pasteur Fils -aimé, sa démarche n’est pas inutile. Elle a une portée scientifique et philosophique certaine. Elle soulève dans le milieu religieux un débat sérieux et qui ne laisse personne indifférent. Le débat est placé sur le terrain historique, philosophique et scientifique. Il ne perdra pas de son intérêt.

En effet, le docteur a mis en doute le pouvoir du Dieu des chrétiens à intervenir dans l’histoire des hommes et sa capacité à changer le cours des événements. Face à cette pandémie, le Dieu des chrétiens évangéliques serait-il riche en bonté et faible en puissance et en action ? Où sont passés les hommes de Dieu à qui Jésus avait donné le pouvoir de chasser les démons et de guérir les malades en son nom ?

Ce ne sont pas les prêtres et les pasteurs, les guérisseurs de l’église qui sont au chevet de nos malades contaminés par le coronavirus. Ce sont bien des médecins et des infirmières qui les soignent dans des conditions extrêmement difficiles. Nos bergers sont loin de leurs brebis égarées, abandonnées, perdues dans les hôpitaux.

Dans leurs espaces de confinement, j’imagine qu’ils prient pour eux, ils invoquent leur Dieu, en attendant que les scientifiques annoncent la bonne nouvelle, la parole d’espoir, l’action intelligente  qui va sauver les vies. La vraie religion serait-elle la science ? Les médecins remplacent- ils les hommes de Dieu ? 

Y-a-t-il là quelque chose à déconstruire, à démystifier ou à dévoiler ? Ce dévoilement mettra-t-il en échec la rationalité occidentale qui a dominé le monde? Les églises ont-elles perdu leur raison d’être ?

De tous temps, il y a toujours des péchés, des injustices,  des oppressions, mais aussi des hommes justes et intègres. Si dans cette église, il y a des hommes justes, qu’ils se manifestent, qu’ils fassent la différence !

Nous sommes à un carrefour où Dieu doit se révéler aux justes. Sinon, Dieu ne reconnaît pas cette église. Dans ce cas, le monde rentre dans une nouvelle transition au cours de laquelle émergera une autre spiritualité où les hommes établiront une nouvelle liaison historique avec Dieu.

La réponse au docteur Fils – aimé ne peut être seulement qu’une question de foi. Elle doit être aussi scientifique que philosophique. Le vœu secret de toute philosophie est de mettre fin à la philosophie. Une thèse fonctionne toujours à l’intérieur d’une thèse. On ne démolit pas une thèse ni par des injures ni par la violence des mots, mais seulement en montrant sa fonction extra théorique.

Le texte du docteur Fils -aimé est instructif et invite à la méditation. Ce texte est à lire, à analyser, à critiquer et à comprendre. Cet intellectuel de la déconstruction nous force à descendre dans les profondeurs de l’Esprit. Plus la religion atteint les profondeurs de l’Esprit, plus elle devient pure. La religion peut être stérile, comme peut l’être son Dieu. Les chrétiens nous présentent malheureusement un Dieu stérile et en difficulté devant le désarroi humain créé par cette pandémie.

Dans mon texte précédent, intitulé  «Du global au local », j’ai soutenu qu’avec cette pandémie, c’est toute la pensée moderne occidentale qui s’écroule. Les critères de vérité, d’objectivité, de raison qui avaient caractérisé la pensée occidentale, de Descartes à Heidegger en passant par la post modernité, ont été ébranlés. Nous sommes bien dans une autre forme de construction. La déconstruction de la religion et celle de certaines vérités scientifiques.                                                                                       

L’homme a été toujours une intelligence. Et son rapport avec Dieu est unique. La vie de l’homme est exprimée dans sa religion, son but suprême. Chaque peuple exprime sa vie en fonction de sa culture, de ses réalités et de ses expériences avec son Dieu. L’expérience du peuple juif avec son Dieu est Égypte est comparable à celle du peuple haïtien avec le sien à Vertières dans sa quête de liberté.

Le Divin est dans la conscience de chacun et se révèle de manière différente dans chaque culture. Dieu devient réel lorsqu’il se manifeste en chacun de nous. Il apparaît dans la conscience et dans l’action. On n’impose pas à quelqu’un son Dieu.

Je regrette  toute idée de domination et d’imposition d’un Dieu. La religion chrétienne est le concept que l’Occident se fait de lui-même, de sa liberté de sa civilisation. Il importe de savoir si l’Occident connaît réellement le Vrai. Son Dieu n’est peut-être pas le nôtre. Dieu est une unité universelle et singulière. Dans sa singularité, il est présent dans l’histoire et la culture de chaque peuple.

Le Docteur Fils -aimé, en s’attaquant au Dieu des chrétiens, déconstruit une réalité qui est à l’heure et proclame en même temps sa singularité en tant qu’intellectuel noir tiers-mondiste. Il réclame son unité, sa singularité dans cette universalité globalisée. Autrement dit, il réclame sa part de divinité dans cette représentation universelle capturée par l’Occident. Chaque peuple constitue une réalité de l’essence Dieu. Donc l’homme est Dieu.

Après avoir acquis la certitude que l’intelligence de l’homme vient de Dieu. Je conclus que Dieu est donc au centre de toutes choses, – sciences, art, culture etc – que nous avons péniblement conquises pendant des millénaires. C’est ignorer totalement Dieu et l’intelligence qu’il a placée en nous de croire qu’il va se substituer à l’homme pour résoudre les problèmes du monde. Il ne l’a pas fait dans le cas de la grippe espagnole, du sida, il ne le fera pas aujourd’hui dans le cas du coronavirus. La guérison viendra de l’intelligence des hommes. C’est le fruit de l’effort le plus haut qui nous permettra de résoudre les problèmes de la planète.

Dieu n’est ni faible ni méchant. Les hommes ont créé une réalité qui n’est pas proche de Dieu. C’est notre façon de comprendre Dieu qu’il nous faut reconsidérer. Nous sommes dans la caducité de l’Esprit. La caducité exprime la fin et l’évolution de l’Esprit. Cette pandémie annonce une rupture et nous met sur la voie de la renaissance spirituelle, intellectuelle et philosophique. Il nous faut une autre épistémologie, une autre conscience, une autre intelligence pour aborder cette nouvelle réalité. Dieu est. Il nous faut le rapprocher avec intelligence, science et art pour que nous puissions atteindre notre but supérieur.

Ce ne sont pas les actions de l’homme qui créent Dieu. Coronavirus ne tue pas Dieu. Toute action est la représentation de l’homme concret et réel. Dieu est dans les actions concrètes de l’homme.  Dieu est dans l’homme. L’homme est Dieu.

L’homme a pris du temps pour inventer l’histoire écrite, pour construire des machines, des avions. Il a pris du temps pour vaincre certaines épidémies. Pendant tout ce temps, Dieu était là, comme il a été établi. L’histoire représente le développement de la conscience de soi et de l’intelligence, et la réalité produite par cette intelligence. N’est-ce pas le moment d’adopter une attitude qui soit conforme à la réalité de Dieu ?

Auteur : Me Sonet Saint-Louis, Courriel : Sonet43@Hotmail.com.

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