La corruption: «le nœud gordien du sous -développement d’Haïti de 1986-à nos jours» !

La corruption: «le nœud gordien du sous -développement d’Haïti-Les effets historico politiques de la situation chaotique d’Haïti de 1986 à nos jours : l’éventail d’une tranche de vie populaire oubliée».

L’intervention du politologue Valcin DELINORD lors du sommet annuel des Droits humains tenu au Cap-Haitien du 10 au 12 décembre 2019 sur le thème : «La corruption» : le nœud gordien du sous -développement d ‘Haïti-Les effets historico politiques de la situation chaotique d’Haïti de 1986 à nos jours : l’éventail D’une tranche de vie populaire oubliée.

En 1986, le peuple haïtien décide de passer de la dictature à la démocratie. Un autre tournant dans l’histoire de ce pays, indépendant depuis 1804 avec fondamentalement le discours  » Koupe Tèt boule kay « .

Cependant, en voulant rompre avec la dictature des Duvalier, nous nous accrochons encore à notre culture politique axée seulement sur la destruction de l’adversaire -Les luttes fratricides qui succédaient à notre indépendance depuis après l’assassinat de Dessalines ne cessent de nous hanter l’esprit. «Ôte-toi que je m’y mette» !

Même s’il faut mettre le pays à feu et à sang. Avant, il s’agissait de couper la tête des étrangers et  brûler leurs maisons. Depuis après la conquête de notre indépendance, nous continuons à couper la tête de nos concitoyens, nos propres frères, et à brûler leurs maisons. C’est cette même pratique que nous continuons à adopter depuis 1986.

La démocratie, c’est la dictature des lois. Étant donné que dans notre culture nous répétons souvent et encore  » konstitisyon se papye,bayonèt se fè « ,nous avons jusqu’à aujourd’hui du mal à accepter la règle de droit dans nos pratiques culturelles et politiques.

Depuis 1986, nous répétons ou commettons encore entre nous nos mêmes erreurs du passé. Koupe tèt boule kay, pè lebren, rat pa kaka,etc. Depuis l’année dernière (2018) ,soit 32 ans plus tard, la pratique de la politique destructive empire, au nom de la prétendue lutte contre la corruption.

Le beau prétexte est le dossier du gaspillage des fonds « Petro Caribe « .Nous disons que nous voulons changer de système. Le système que l’homme de la rue appelle « Sistèm Pese Souse a».

Ce qui revient à dire que c’est un système corrompu qui met absolument de côté les Droits Humains. Quelle hypocrisie sociale et politique !!!

En dénonçant l’actuel président, qui est, en majorité, contesté et décrié, appelle les gérants et héritiers de ce système. Nos stratégies et politiques axées sur le chaos ne respectent en aucune manière la démocratie et les Droits de l’homme, quelles qu’en soient les catégories et les générations.

En parlant de catégories des droits de l’homme, considérons par exemple, dans le cas présent, la 1ère et la 4ème catégories de droits humains.

La 1ère catégorie porte sur les libertés- La 4ème porte sur les droits sociaux, économiques et culturels.

Quel rapport peut- il exister entre un pays « lok  » au nom de la lutte contre la corruption, le changement de ce système que nous appelons  » Sistèm Pese Souse a  » et les catégories de droits humains pré-  citées ?

J’appelle encore une fois ça de l’hypocrisie sociale et politique. Une hypocrisie ancrée dans une démagogie chronique. Conséquence : C’est la masse défavorisée toujours oubliée qui paie  le pot cassé.

Durant toute l’histoire de ce pays, la masse défavorisée a toujours été utilisée pour faire du désordre. Il suffit de lire Michel Hector dans ses approches sur les grandes crises systémiques qui ont secoué Haïti, de 1843 à 1956, pour comprendre l’hypocrisie chronique de nos politicards.

De Acaau à Fignolé en passant par Salnave, c’est du tapage politique axée sur le chaos et la démagogie. Salnave particulièrement avait fait bombarder le palais national en 1868. Son régime a connu beaucoup de guerres civiles.

La masse est toujours utilisée et oubliée en ce sens ou non-sens au nom de l’établissement de la démocratie, la modernisation de l’économie et l’intégration réelle dans la communauté nationale de la grande majorité des populations déshéritées des villes et campagnes.

Et pourtant!

Aujourd’hui encore, nous profitons de l’ignorance de cette masse oubliée dont les droits ne sont jamais respectés pour bloquer tout ici et régler nos affaires ailleurs. 33 ans après le départ des Duvalier (2019), en faisant du désordre à tous les niveaux, Haïti est le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental avec un produit intérieur brut ( PIB) par habitant de  $ 870  ( chiffre 2018 de la Banque Mondiale) et un indice de développement humain le classant 168 sur 189 pays.

Plus de 6 millions d’ haïtiens vivent en dessous du seuil de pauvreté avec moins de 2,41 $ par jour, précise la BM…Tout ceci à cause de l’instabilité politique chronique. Cette année (2019), notre pays fait une dépréciation monétaire rapide de près de 30% de taux d’inflation (près de 20%).Tout près de nous en République Dominicaine’ inflation n’atteint pas  5%.

 Somme toute, depuis 1986, les effets historico -politiques de la situation chaotique de notre pays sont ce que nous sommes et notre manière à nous de ne faire que de la politique destructive sans aucun respect pour la démocratie et les Droits humains. La masse défavorisée oubliée en paie toujours les frais. Il nous faut faire de la politique autrement avec un nouveau paradigme qui priorise l’État de droit et réellement la démocratie qui marche de pair avec les Droits de l’homme.

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