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Un prof d’université écrit une «Lettre ouverte au PM Jouthe Joseph» pour ses sorties fracassantes

Le premier ministre Jouthe Joseph a commenté de manière ironique le cas du professeur Bellamy Nelson qui a contacté les autorités sanitaires après avoir ressenti des symptômes liés au coronavirus. «Le prof a voulu attirer des regards vers lui» a-t-il dit. Choqué par cette attitude qu’il juge irresponsable, Me Bolivard Delcarme, a écrit au premier ministre pour lui mettre en face de ses responsabilités de chef de gouvernement.

*Lettre ouverte à Son Excellence, Monsieur le Premier de la République d’Haïti, Jouthe JOSEPH*

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Cap-Haïtien, le 22 mars 2020

Par : *Delcarme BOLIVARD*

Monsieur le Premier Ministre,

Je n’ai pas l’intention d’être lu par vous, non plus que mes opinions ou idées soient commentées par vous. La raison en est simple. Comme vous semblez être un chef de gouvernement avec peu de retenue en matière de communication, notamment en langage politique, j’évite par vous d’être scandalisé comme quoi, si je m’adresse à vous par la présente, c’est parce que je voudrais être « superstar » ou de votre propre mot, que je veuille faire du « buzz » dans le but de me vendre publiquement. Loin de-là, Monsieur le Premier Ministre, Jouthe JOSEPH.

Monsieur le Premier Ministre,

Je ne vous connais pas, d’ailleurs, vous et moi ne sommes pas de la même génération. En outre, je suis Avocat militant et vous, vous êtes ce que vous êtes ; Premier Ministre de la première République des nègres. Quelle aubaine, à un moment ou l’institution politique du pays qui devrait se charger de votre agrément à ce poste, est frappée de caducité et de dysfonctionnement ; le Parlement haïtien ! Par ce vide institutionnel, vous arrivez aux timons des affaires sans même que n’ayez respecté les procédures y relatives. Pardon ! Cette erreur procédurale en droit constitutionnel n’est pas de votre faute, car, celui qui vous a choisi, nommé et investi personnellement, sait que l’histoire ne l’aura pas pardonné comme bien d’autres avant lui ayant préféré cette voie, en lieu et place de celle de la démocratie.

Monsieur le Premier Ministre,

Depuis votre accession à la tête de la Primature, vous n’entraînez que de discordance en termes de ‘’mauvais comportement oratoire’’ et surtout par votre sens de ridiculiser les choses. Votre capacité de manipulation gauchement vous a servi d’armes de guerre idéologico-politique avec laquelle vous avez participé à l’affaissement de la Radio Zénith FM, 102.5, organe représentative des derniers mouvements « anti-Tètkale ». Ainsi, votre visite à monsieur Rony Colin, votre ancien ami, Magistrat de la Commune de Croix-des-Bouquets, n’était pas sans conséquences, et c’était un acte planifié au bénéfice du Président de la République, Son Excellence Monsieur Jovenel MOÏSE, à qui vous semblez avoir promis que s’il vous choisit comme Premier Ministre, vous lui donnerez la paix avec la Radio Zénith FM, comme véritable organe de la transmission des revendications populaires. C’est vrai que, certains des présentateurs d’émissions de cette station de Radio, quelquefois dérogent intégralement les principes déontologiques qui caractérisent le métier du Journaliste, mais des fois s’ils ne se sacrifiaient pas, le pire se produirait par ce gouvernement dont à l’heure actuelle vous êtes le représentant numéro un.

Monsieur Jouthe JOSEPH,

Vous prenez la parole à plusieurs reprises en public ces derniers temps de façon télédiffusée et/ou radiodiffusée, soit pour expliquer certaines réalités de la vie nationale, soit pour vous attaquer sans réfléchir à certains faits sociopolitiques pour lesquels vous paraissez n’avoir aucun argument. Par de-là, vous négligez en grande partie les articles 158 à 165 de la section D de la Constitution haïtienne du 29 mars 1987 amendée le 09 mai 2011, portant sur des attributions du Premier Ministre. Peut-être, pensé-je que tel n’est pas de vous, car, je refuse que je condamne sans juger. Mais, il est du devoir de celui qui vous a nommé de vous rappeler votre limite selon les prescrits constitutionnels.

Monsieur le Premier Ministre, vous avez dit notoirement ce que je vais vous rappeler par la présente. Avant tout, ce n’est pas pour vous exhorter, car, j’ai appris avec Nicolas Machiavel dans ‘’Le Prince’’ qu’il ne faut ordonner au Prince quoi que ce soit, mais de lui proposer des idées. Pour l’histoire et la vérité, je reprends ‘’in extenso’’ ce que vous avez avancé :  » _De *l’or* pour mes amis, du *plomb* pour nos ennemis et du *bâton* pour des indécis_ « . Donc, mettant de côté les notions de classe sociale élaborées par Karl Marx, selon vous, il existe trois catégories de ‘’personnes’’ à Haïti, dont :

 1- _Vos amis à qui vous serez très généreux_ ;

2- _Vos ennemis et ceux de vos amis pour qui d’après vous la mort est le seul réconfort_ ;

3- _Les indécis qui par vous recevront des coups jusqu’à repentir_.

Aussi longtemps qu’il soit, le pays n’a eu un tel Premier Ministre « Bossale » ne croyant pas aux jeux démocratiques et prêt à tout faire ou se sacrifier afin d’éliminer tous ceux qui le voient contraire.  Vos amis ne pourront vous redresser comme il est maintenant question, car, vous leur avez promis de l’or. Ils ont peur de ne pas en revoir, voilà pourquoi ils vous laissent trainer dans cette voie n’ayant été jamais tracée pour des personnes de votre marque. Quant à vos ennemis qui sont également ceux de vos amis, ils pourront vous aider à accomplir votre tâche ministérielle si et seulement si vous êtes prêt à être débattu.

Par leurs satires politiques, vous pouvez au moins vous faire un nom dans les annales de l’histoire en acceptant de garder celles qui sont bonnes et de rejeter professionnellement celles paraissant déraisonnables. Ainsi, vous prié-je de ne tuer ni vos ennemis ni ceux de vos amis, car, la brutalité en matière politique a pour objet de ruiner la puissance du tyran. Et pour le peuple, que dis-je ? … Les indécis ? Pourquoi utilisez-vous le fouet s’ils réclament ce qui leur revient de droit. Vous leur donnez tous les noms incongrus, tels : les irrésolus, les imbéciles, les illettrés, les ignorants ; que sais-je encore. Mais, vous oubliez s’ils sont ce que vous devriez être. Par vos actions inhumaines, celles de vous et de vos pairs, le peuple reste sans être éduqué et formé en vous aidant à gagner économiquement et politiquement votre vie au détriment de la leur.

Monsieur le Premier Ministre,

On ne dirige pas un gouvernement à l’heure actuelle par la force et la violence langagière. Si tel était le cas, le Président actuel des États-Unis, Donal Trump, serait un dieu. Monsieur le Premier Ministre, vos propos quant à ceux qui s’attaqueraient aux éventuels centres d’accueil des cas de ‘’Coronavirus’’, confirment votre inélégance et créent ou attirent vers vous beaucoup plus d’ennemis pour lesquels vous n’aurez pas suffisamment de  » *Plomb* ». Et ces derniers se risqueront dans l’avenir demander votre tête à la Primature.

Monsieur Jouthe JOSEPH,

Votre dernière sortie dans la presse parlée, écrite et télévisée sur la situation du professeur Nelson Bellamy de l’Université d’État d’Haïti (UEH), Campus Henri Christophe de Limonade, incite la colère chez les Maîtres en communication politique et Stratèges en interprétation de discours. Vous avez insinué sans gêne avoir été informé par votre service de renseignement que le professeur sus-parlé se serait fait diagnostiquer pour cause de ‘’Coronavirus’’ au Laboratoire National de Santé Publique, afin de se visibiliser. Vous avez plus loin encore mentionné qu’à Haïti, on est prêt à faire n’importe quoi pour être connu de tous, comme quoi le professeur de l’Université d’État d’Haïti, doctorant qu’il est, n’a eu d’autres moyens de se faire connaitre que par l’idée de dire qu’il ressentait des symptômes du ‘’Coronavirus’’ après être sorti fraîchement des États-Unis d’Amérique.

Monsieur le Premier Ministre,

Je ne dis pas que je ne vous crois pas par respect que j’éprouve à l’égard des autorités de mon pays. Mais, j’en doute, car, le professeur Nelson Bellamy, ‘’doctorant en Ethnologie’’ de son état a trop de moyens à sa disposition pour se faire connaitre. Ses recherches, ses études, ses expériences, tout pourrait lui servir d’intermédiaires pour se visibiliser. Mais, comme le diable voit dans les yeux de sa proie un autre diable ; voilà pourquoi, vous, monsieur le Premier Ministre, croyez que le professeur savait déjà qu’il n’avait rien. Et si le professeur avait-il vraiment cette idée en tête, ne serait-il pas nécessaire de traiter cette affaire autrement par l’État haïtien­ Monsieur le Premier Ministre, ne faites-vous pas plus de ‘’buzz’’ par votre comportement comme chef de gouvernement ? 

Monsieur le Premier Ministre,

La présente ne vous est pas destinée par un collègue, ni par un ami, encore moins un indécis. Mais, un citoyen conscient et conséquent qui croit que le pays n’est à personne, il est à nous tous. Cette correspondance fait l’objet d’une contribution patriotique face à la décadence des institutions républicaines du pays et au mépris des valeurs morales haïtiennes.

En effet, vous voudriez croire, Son Excellence Monsieur le Premier Ministre, Jouthe JOSEPH, en la renaissance de la méritocratie dont fait montre ma génération au dédain de la médiocratie représentant la règle à Haïti ces derniers temps.

 *Delcarme BOLIVARD, Av.MA*

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